In Pacem

août 15th, 2008

Les notes résonnent et tonnent, enfermées dans la pierre, elles hurlent et se déchainent. Puissance de la marée au service d’un chœur. Une force prodigieuse qui porte, transporte et jette l’écume de nos sens sur les aiguilles de marbre d’un autel naturel. Broyés, brisés, éteints leurs lambeaux se déchirent sur la grève glacée et rendent à la mer l’essence de ses tourments.

Il git, genoux à terre, il prie, pleure, se morfond. Solitude irascible, il crie, hurle sa peine. Il mugit dans le vent, il tempête, il rugit et pleure enfin sa plaie, brulure encore vive, balafre sur une âme qui tente de revivre. Pourquoi, pourquoi donc moi, qu’ai-je fait pour cela ? Incapable qu’il se sent de saisir, de comprendre, il laisse sa colère décider ses pensées et s’en prend à son dieu.

Appréhension ultime d’un temps qui nous échappe, il hurle. Haine de l’Omnipotence qui écrase, qui détruit et reprend, arbitraire, la vie, l’amour, l’esprit. L’explosion se fait, déchirante, violente et finalement les pleurs reprenne leur montée, irrésistibles larmes qui apaisent et soulagent. Brève série de sanglots, l’impuissance l’écrase, le tue… il se tait.

Accepte, oublie et vit… Adieu toi que j’aimais.

Ein deutches Requiem
Johannes Brahms

Du bleu, du ciel, du vin… divin !

août 11th, 2008

Séjour entre deux flots où les sens s’apaisent. Début de brèves vacances au bord d’un continent. Quelques rochers à peine de l’hermine tachetée, mais déjà l’impression d’être ailleurs, d’être loin.

Apollon trône aux cieux tandis que sur la terre s’agitent ses sujets. L’azur est dans les flots, elle domine les sens, emporte au loin l’esprit. A ses pieds git l’écume, ressac bouillonnant, antique fauve enragé à la bave marine qui refoule de son antre millions de grains ocre-brun. Son murmure berce le cœur et délivre à l’âme la quiétude et la paix que la cité absorbe. Les propos sont légers, volages et épicés, le repos a pris place et chasse violemment les douleurs, les peurs.

Supplices d’un été étalés sur la table, un début fastueux d’une soirée de conte. Mariages voluptueux, du sucré, du salé, quelques onces de fruité. Les liquides s’enchainent décuplant dans nos gorges les volutes serpentines de douceurs englouties. Une pincée de safran, épinards aillés, brochette de crustacés, tout ici est goutu, délectable, divin.

Délices de liqueurs, voyage dans le sous-bois, les muriers se dévoilent au passage attentif d’un voyage trop hâtif. Des odeurs de fromages à la pâte persillée, des saveurs de fruits mûrs, quelques traces de puissance, juste assez de douceur pour plaire aux plus sévères.

Le final entre en scène, un régal fleuri qu’accompagne un vin d’or qui ennivre les sens et subjugue l’essence. Début de la montée, fabuleuse ascension vers des monts inconnus à la robe printanière. Eparpillées au sol leur parfum aspire l’âme, le jasmin, la violette et des fleurs liquoreuses aux moelleux qui apaise. Le plaisir s’échappe, les sensations se meurent, l’ultime bouchée se tait et me voilà comblé face à l’étendue blanche, réceptacle naguère d’une danse hyptonique.

Le sommeil sera bon, l’ambroisie est si douce, imperceptible même, seuls restent dans l’esprit la trace de son écho.

Terre, vent, eau et feu

août 8th, 2008

Persistance d’une vie où jouissances, doutes et choix sont quotidien de l’âme. Ma vie n’est que cela, regarde, lis et comprends si tu en as l’envie. Voici un être nu, un reflet, une image, tout ce en quoi je crois, ce pour quoi je me bats.

Deux extrêmes parties d’un tout inséparable et tellement plus ensemble qu’une fois séparées. Fragments d’un être entier qui vit, se bat et vibre, et au bout de la course n’aspire qu’au repos. Raison, sagesse, doctrine, mille autres impératifs, une longue pénitence, une vie de passions. Pâtir de sa foi, l’entretenir sans fin et souffrir sans jamais cesser de croire en soi.

Revoir, voir et dire, partager et apprendre, abhorrer le facile, le simple, le trop aisé, aduler, adorer le dur, le complexe, l’inatteignable but qu’on s’est un jour donné. S’accrocher, se maintenir, aller toujours plus loin, admirer les efforts d’un passé déjà loin, s’attarder mais pas trop, faiblesse et corruption sont le prix à payer à trop s’être écouté.

Loisirs ennemis, quelques moments d’errance, sans autre but que jouir, apprécier, savourer le passage du temps. Rares moments où le corps, l’esprit et la morale se séparent enfin et vivent leurs errances au gré de leur mouvance. Mais je sombre déjà et les livres, fidèles amis d’avant, sont déjà dévoyés, emprunts de ce plaisir que je goutte avec fougue. Adieu les connaissances, vertus et filles d’esprit.

Ne plus se contenter de vivre, de survivre, enlever ces oeillères qui asservissent nos vies et donnent au commerce ses lettres de noblesse. Vouloir, vouloir encore, penser, imaginer, se battre, se violenter et parfois accepter, ne pas se laisser faire, ne pas se laisser vivre. Epicure est l’abject, se faire plaisir, soit, mais ne pas rester là à ne faire que cela !

Partir, toujours fuir, garder près de son cœur ceux là qui comptent encore, abandonner les autres, partir l’esprit en paix. Ouvrir enfin la marche et reprendre l’escalade, seul but affiché : la fin de toute chose, mais quelle fin, quel grandiose, la clef de voute ultime d’un édifice humain. Discipline de l’âme, préceptes de Descartes, de Rabelais et puis d’autres, insoumis à jamais aux doctrines du temps.

Construire, bâtir sans but, donner et recevoir, échanger sans compter et vouloir le meilleur, aspirer au divin. Ne pas se contenter des joies simples d’une terre, d’un vent, d’une eau, d’un feu mais marier ces quatre sens aux parfums de la vie, et créer, innover, se laisser emporter par les muses, les courants, ces zéphyrs qui nous violent et laissent dans nos pensées des idées et des songes.

Le temps est l’ennemi, celui qui vainc toujours, celui qui emporta, emporte, emportera dans sa course infernale les âmes de tous les êtres. Nul besoin d’Eternel quand on a celui-là, son passage est un gouffre où tombent les esclaves qui luttent malgré eux contre sa tyrannie !

Mais regretter, envier et même jalouser ceux-là qu’on aperçoit et qui jouissent de leur vie selon d’autres principes. Ne pas se refermer, ne même pas juger, accepter son fardeau et ouvrir son esprit à ces mille différences qui font de nos amis des êtres qu’on apprécie.

Nous ne sommes que la somme de nos paradoxes…

Paris doute…

août 6th, 2008

Les amis sont partis, ils ont fui cette ville que le stress enlaidi.

Paris d’aôut n’est guère plus qu’un monde sans joies, sans peines où baigneurs, étrangers, pérégrins, vacanciers déambulent çà et là au fil des envies, des bus et des musées. Je marche seul sur le sol, granit cotonneux aux reflets vert et or. L’azur me surveille de son œil prodigieux, témoin s’il en est un de cette triste marche de chez moi au gibet. Plus d’une heure de route, plus d’un cycle de fatigue, d’une langueur extrême qui me ronge les sens, ensevelit ma fougue.

Voilà quelques années que je me questionnais, intrigué, fasciné par ces mines déterrées, ces visages grimés, grimaçants et grinçants chaque matin rencontrés sur le long pèlerinage du logis au bureau. Quel Géhenne, quel Enfer, quel abject Démon a pu faire de leurs âmes de telles vilénies ? Ils effraient les enfants, dégoutent les passants, les amis inconnus d’un pays éloigné venus pour l’occasion visiter un joyau.  Désormais je le sais, le Malin m’a parlé… C’est hagard, les yeux vides, les jambes amollies que ma Volonté d’homme traine ce corps aliéné dans de noires abysses.

Les peurs, les angoisses, celles-ci s’en sont allées, la routine est la seule dont je craigne le courroux. Les haltes s’enchainent enfin, laissant à mon esprit le temps de respirer avant de replonger enfin dans le monde abhorré des métros et des bus.

Narcisse

août 4th, 2008

Un post sur un blog, à propos de lui-même, un Narcisse d’écriture… Quelques nouvelles d’un être et de sa création…

Voilà quelques moments, à peine quelques instants m’avait-il semblé, que ce monde n’a bougé : nouveautés, avancées mais aussi des ratés, des erreurs et des bogues. Le désir de partager n’en est pas moins présent, il ne cesse d’enfler et étouffe dans ses sers l’auteur des ces mots.

Les épisodes heureux succèdent à ceux plus sombres, les journées s’éffilochent que déjà apparait dans son manteau de feutre une Nox tendre et sombre qui me berce et m’endort. Mais le monde s’enfuit, le réveil est brutal, douloureux et fatal. Les rivages se taisent, mais l’esprit continue, bien qu’il n’écrive plus, de braver les tempêtes, les orages et les vents.

Quelques moments posés, des amis qu’on retrouve, des anciens êtres aimés qu’on sert une nouvelle fois contre son cœur meurtri. Comme des traces du passé, comme des chaines oubliées qui nous forgent un destin, un chemin tout au moins. Ne pas les oublier, ces erreurs d’autrefois, ces amis pour la vie qui partagèrent un temps les envies et les peurs, les joies et les malheurs.

Quelques phrases éparses, ammoncellement d’idées, propos posés éparses et laissés sur le sable de cette plage nue autrefois plus jolie. Comment vous expliquer ce retour en arrière, cette vague de chaleur qui me pris un matin. Le paysage passé n’était pas achevé, pas de maturité, juste quelques essais, et des problèmes sans nombre. Il fallu essayer, tenter de réparer mais le temps me manquait, et l’espoir d’achever l’identité nouvelle s’enfuyait chaque jour. Retour case départ, le prochain train sera, je l’espère, le bon…

Départ

juillet 16th, 2008

Le départ est lancé, le train est apprêté, son départ planifié. Demain c’est décidé, je fuis pour une semaine le monde, son tumulte, ses métros et ses gens.

Adieu donc Jérome, Ariane, Hervé et Jules. Adieu Alex, David, Mathieu, Henri, Florian, Laetitia et les autres. Adieu donc Olivier, Romain, Vincent et vous, vous qui lisez ces noms. Adieu aussi mamie, mamy, maman, frangin, soeurette et cousin… Je pars, je m’évade et reviendrai bientôt, une semaine c’est bien court, à peine quelques jours.

Onze longs mois, presque douze que je n’avais pas eu l’occasion de partir. De fuir la capitale pour rejoindre les sources avec des amis. Certes, quelques courtes escapades ont ponctué ce chemin, quelques week-end passés dans le Nord vers ceux-là qu’après quelques voyages j’ose appeler amis. Ces matthieus, ces arnauds, ces anthos, jérémys et ces autres, tous ceux-là qui ont su m’acceuillir à une heure de chez moi. J’y retrouvais là-bas, un amour d’autrefois, des vestiges d’un passé, un lieu où le bon air, le plaisir et les chtis m’ont ému plus d’une fois.

Quelques rares retours au sein de la famille ont aussi su trouver leur place dans ma vie. Quelques moments de joies passé près des anciens, de ceux qui m’ont porté, éduqué et choyé. A peine quelques journées dans mon pays d’antan, quelques bouffées d’un air qui m’a toujours manqué, revoir cette côte d’or, ses vallons et ses prés. C’est la gorge serrée, l’esprit tout retourné et les pensées confuses que le train m’emportait chaque dimanche soir retrouver mon espace, mon lieu, mon alvéole, dans cet immense rucher où matin-midi-soir les abeilles bourdonnent dans les tubes souterrains.

Je reprends mon bâton et vais tracer la route, toujours accompagné de cette amie très chère avec qui les vacances prennent un air de folie. Avignon m’acceuillera le court temps d’une halte, les hauteurs de Apt seront mon seul refuge.

Rien de rien

juillet 15th, 2008

Rien a écrire, rien envie de dire. Les mots sont étouffés, les pensées renfermées, aucune parole ne sort du piège qui l’enserre.

Les jours sont douloureux, les nuits reposent à peine, les idées nous poursuivent haineuses et vengeresses. Bientôt trois petits mois, malgré l’intermittence, malgré l’hésitation, bientôt trois petits tours d’un jeu qui doit cesser. Tout avait commencé au détour d’une soirée qui avait continué, quelques journées plus tard autour d’un diner. Tout alors semblait beau, tout alors me plaisait, mais le temps a passé, désormais l’amertume a su emplir ma bouche.

Refus, refus encore, toujours à refuser, à dénier de sortir, à tenter d’éviter. Il m’aura bien joué, il m’aura amadoué. La tristesse m’emplit quand je vois tout ce temps, ces moments de perdus avec cet bel être qui n’aime rien en moi d’autre que la luxure.

Ce monde me semble si sombre, si triste malgré la vie, le bonheur n’attend rien d’autre qu’un mince soutient. Encore me faudrait-il la force de le porter, de lui trouver un lieu, un repli, une cache où il serait heureux.

Partir et ne pas revenir…

juillet 1st, 2008

Partir, encore fuir, abandonner les lieux d’un passé révolu, reprendre et déposer les chaines d’une vie, ailleurs, plus loin… là-bas !

Elle avait pris le temps, attendu le moment qu’elle avait cru propice. Voilà bien des années que les murs se vidaient, les êtres s’en allaient découvrir une vie qu’on leur avait promis. L’antre était bien trop vaste pour une femme seule, il fallait le quitter, le léguer à un couple, une famille, qu’importe ! Depuis bien trop longtemps cette fragile malgré tout courbait son front plissé sous le poids du logis.

Elle a donc choisi ! Un moment a suffit pour que l’ivresse la prenne et l’emporte plus loin qu’elle n’avait pu penser. Un coup d’œil derrière, la nostalgie cavale, elle s’approche, l’enveloppe, triste mélancolie, vieux doute omniprésent. Mais les dés sont lancés, l’avenir se déroule, malgré tout, malgré elle, et lance dans son sillage les haillons d’un passé qu’il ne faut regretter !

Voilà donc venu le moment du départ, le triste commencement d’un adieu résolu. Voilà donc parvenus les amis, les enfants au seuil d’un nouveau monde où sa vie recommence. Un week end suffira pour faire le trait d’union entre les deux morceaux d’une vie bien remplie, trop longtemps repliée mais qui s’ouvre à nouveau malgré vents et marées.

Je, tu, elle, nous, vous, ils se conjuguent au futur ! Le passé est un leg, un boulet, une chaine qui parfois nous allège et par d’autres nous plombe…

Petites Frayeurs

juin 25th, 2008

Elles surviennent dans l’ombre, nous etreignent et s’en vont…

Promeneur matinal, je quitte la maisonnée, somnolence et songes s’enroulent dans mon cou et me cachent à la vie. Une descente, je dérape, le réveil se fait, brutal, violent, fatal. Mes amies de la nuit m’ont quitté dans l’à-coup, me voilà tout penaud me tenant comme fou au barreau le plus proche. Une seconde à peine qui semblera une heure et la journée commence, bien plus dense, bien plus belle.

Brefs moments de panique, ces petits instants là sont autant de sourires dans une vie trop banale. Ils viennent et disparaissent comme autant d’aiguilles qui nous rappellent à l’ordre. Déraper ou glisser, rattraper au passage une rembarde salvatrice, quand la vie est trop douce qu’on en perd le goût et sombre dans l’ennui, les voilà qui affluent, éphémères et violentes, les petites frayeurs.

Une peur de mourir qui surgit tout à coup. Sans raison, sans logique mais qui survient quand même, car la chute eut été sans réelle conséquence, car rien n’aurait changé eussions nous du tomber. Mais ces moments d’effroi sont ancrés dans nos sens, telle une peur du vide qui prend et qui s’accroche, nous force à reculer, à fuire le danger. Ces infimes bouts de nous hérités du passé, d’un lointain où la vie n’était pas tant facile.

On oublie parfois trop d’apprécier ce cadeau ; les moments idéaux ne sont pas les seuls beaux. Chaque instant d’une vie, chaque goutte de temps, chaque son dans la rue, la beauté se répand au hasard et partout.

Mes amis

juin 23rd, 2008

L'homme qui pleureCes relations sont dures, houleuses et parfois tristes.

Les journées qui précèdent n’ont pas été bien roses. Des peurs viscérales qui remontent en moi depuis une semaine aux amitiés qui meurent dans l’ombre d’une vie, la mienne se flêtrit, se vide lentement. Ces mots sont un refuge, un cri, une bouteille, une vieille solution à l’ennui qui me ronge.

C’était il y a peu, quelques bouchées de temps, je n’avais pas encore eu vent de cet oubli, des tristesses qu’il provoque, de la peine qu’il cause. J’étais encore enfant mes amis étaient là, éternels camarades dans une cour d’école, lieu de vie quotidien. La nécessité d’alors nous rendait toujours proches, nous quitter n’était pas une pensée concevable. Les trimestres d’autrefois firent pourtant peu à peu des ravages dans ces liens, tant de gens d’une vie dont les traces sont mortes.

Les années sont passées mais les souffrances restent et pour chaque amitié, l’effacement violente. J’oublie encore souvent que les fils de ces liens ne peuvent se tisser qu’avec deux parties. Mais les amis se taisent et je me sens bien seul, tout à coup je comprends qu’ils ne sont plus présents…

Quand la tristesse vous prend, l’espoir meurt dans ses dents et ceux-là même qui comptent semblent ne plus exister, vous avoir désertés. De l’au revoir à l’adieu, quelques lettres d’écart et parfois tellement moins…